Thé âpre

Une simple tasse peut vous inspirer le début d’un titre, et votre fin d’après-midi de la veille l’odeur, le goût qu’elle dégagera. Laissez-moi vous conter ce moment de colère contre ce monde, encore un, oui.

Alors que j’attendais mon ami Mathieu, sortant du travail, dans le hall menant au centre commercial situé à La Défense, je croise un homme, en position tantôt assise, tantôt avachie. Je comptais rester à attendre debout, mon casque audio vissé aux oreilles, mais je suis pris par l’envie de m’asseoir à ses côtés. Pas de réaction, juste le silence. Son silence. Car autour de nous, c’était la cacophonie. Des groupes d’amis rigolant entre eux, des types au teint blafard et au costard bien lisse, des regards vides, de sombres pétasses me regardant comme on regarderait un asiatique aujourd’hui. Me regardant moi, pas lui.

Qu’avais-je de plus, à part un sac à dos, une odeur moins marquée (ça sentait le tabac froid mais personnellement j’apprécie) et un regard peut-être plus agressif, le sien n’étant pas des plus expressifs ? Ah je sais ! Un teint qu’on qualifierait de « blanc » ! Car oui, mon éphémère acolyte de solitude – la mienne allant être écourtée, la sienne sans doute pas – était basané. Ça n’avait aucun sens de chercher d’où pouvait-il venir, tout ce que je voyais moi, c’était un homme seul, qui ne s’en plaignait pas.

Alors que lui faisait face à l’indifférence de tous (pas de la mienne, il me touchait sincèrement mais je n’osais lui parler, de peur de le déranger. Et puis écouter notre silence au milieu de ce vacarme était reposant) et moi aux regards significatifs : « Qu’est-ce que tu fous là, cancer de la société ? », « Glandeur… », « Pauvre feignasse » (au moins l’un des deux qualificatifs visait juste), « Va bosser ! » et autres « Rentre chez toi ! ». Ces mots n’étaient pas prononcés mais pire, adressés par des yeux assassins.

Soudain, et c’est là le point culminant de ma rage intérieure, des agents de la RATP Sécurité (je vous maudit à jamais, vous trois), apparaissent, me sortent de ma torpeur. Ils nous ordonnent de nous lever, l’un d’eux m’adresse un « allô ! » comme pour me rappeler que si je ne regardais pas un point fixe, je n’existais pas, puis je proteste : « En quoi ça dérange qu’on soit assis ? ». Pas de réponse, mais tout simplement une réitération de l’ordre. Et c’est là que l’homme sort de son silence, après que les trois cons soient partis. Il dit : « C’est vrai, ça fait quoi qu’on soit assis ? ». Et j’ai à ce moment été fier d’assister à cette scène, le seul instant de cette demie-heure où il parle, c’est pour s’indigner. Ça a valu beaucoup, et n’a fait qu’embellir la soirée passée ensuite avec mes amis.

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