Indianara, oh Indianara

C’était prévu depuis quelques jours, ce samedi je devais assister à un documentaire retraçant le parcours d’Indianara Siqueira, militante, activiste et personnalité politique transgenre, projeté dans mon bar préféré, La Mutinerie.

Mais on ne suit pas qu’elle, le lieu principal de tournage du film est la Casa Nem, squat dans lequel elle accueille entre 2016 et 2019 des personnes travesties, transgenre et marginalisées. Elle y consacre sa vie, on sent que c’est son quotidien et qu’elle est prête à tout pour défendre ses « enfants ».

Le film débute par une scène d’enterrement, où le message véhiculé est celui qui est transporté tout le long du documentaire : peu importe que l’on soit L, G, B, T, Noir, Blanc, Arabe… On finit tou•te•s six pieds sous terre. Alors pourquoi discriminer, juger, assassiner ? Pourquoi ?

Cependant, le film n’est pas une complainte, pas du tout. Il respire au contraire la révolution, la libération des corps. Et qu’est-ce que ça fait du bien ! On y use à gogo du « retournement du stigmate », autrement dit, on fait d’une insulte une force, on en rit et on se la réapproprie (j’ai beaucoup lu « vieille tapette » par exemple, expression adressée à un proche). Certaines scènes de manifestations anti-Temer sont parsemées dans le doc. Beaucoup de discours sont prononcés, avec une puissance frissonnante. On ne peut selon moi se dire LGBTQ+ et ne pas vibrer lorsque Marielle Franco s’exprime à l’assemblée pour défendre les transgenres, travesti•e•s et putes. Car oui, les putes sont abordées dans ce film, vous êtes prévenu•e•s. Et votre avis sur la question du travail du sexe pourra bien entendu influencer votre vision du film (sorti l’an dernier, disponible en streaming voire dans certaines salles si on cherche bien). Les putes ont des droits, d’ailleurs une scène m’a particulièrement marqué, lorsque l’une des membres de la Casa Nem crie que non, Temer n’est pas un fils de pute, c’est le fils d’un député de sa majorité (dont j’ai oublié le nom, et pourtant j’ai pris des notes, mais c’est 1h30 assez denses et passionnées).

Je n’ai pas envie d’aller plus loin dans mes notes, je les garderai et les montrerai à qui voudra échanger avec moi sur le film, après l’avoir vu surtout, pour échanger nos points de vue, cela me plairait. Ce que je peux dire, c’est que cette femme m’inspire une réelle volonté de vaincre. Combattre la haine, la violence envers les minorités qui peu à peu ouvrent leurs gueules malgré les violences quotidiennes, au Brésil comme ici, en France. Indianara est une femme vraiment dévouée, et je l’admire pour ça. Elle a par exemple répertorié les transgenre assassinées, travail que j’imagine tellement cruel et difficile…

En outre, Indi a été emprisonnée à Strasbourg, pour « proxénétisme aggravé » et est depuis interdite de séjour en France et expulsée au Brésil (après quelques recherches, il me semble que ça n’est pas dit dans le film). On y voit ici là bienveillance française envers les lanceurs d’alerte et autres militant•e•s pour les droits des minorités…

Je concluerai par un chiffre : au Brésil, en 2018, 137 personnes travesties/transgenre ont été assassinées. Le Brésil est le pays où l’on tue le plus de personnes trans. Depuis l’élection de Bolsonaro, rien ne s’est arrangé. Être de gauche, un artiste ou LGBTQ+ est dangereux. C’est pour ça que je veux ici saluer André, mon ami vivant au Brésil. Je pense à toi. Nous avions beaucoup échangé lors de ta venue en séjour Erasmus à la résidence de Nanterre, et je garde de très bons souvenirs de nos discussions, qu’elles soient politiques ou non. Eu te amo amigo. Amo todo vocês, amigos LGBTQ+

Affiche du film “Indianara”

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