Un « Psycho » à l’hosto

Ce texte est dédié à ma sœur, mon frère (je viendrai te lire le texte bientôt frangin), mes grands-parents, ma grand-tante, André, Aurore, Cécile, Clara, Clémence, Edouard, Emmanuel, Fabio Gaétan, Garance, Jennifer, Julia, Léa, Lilia Mathieu, Nadia, Olga, Palo, Raphaël, Romain, Sébastien, Stéphane, Wilson, Yan, et celles et ceux que j’aime mais que j’aurais oublié sous le coup de l’émotion. Bonne lecture.

12h20. J’arrive chez la psy. Pas le choix, il faut lui dire, tout, absolument tout. Et tout comme la vie, ça ne tient qu’à un fil, ça défile. « J’ai tenté de me suicider vendredi soir ». C’est tranchant, vif, percutant, mais pas la peine d’aller plus loin.

J’en suis donc arrivé là hein. C’est avec beaucoup de recul que j’écris aujourd’hui, une semaine pile – déjà – après avoir échappé à ce que je considère comme l’une des plus grosses conneries de ma vie. Y mettre fin, à 23 ans.

Qu’était-ce ? Un appel à l’aide ? Ou une simple et lâche volonté de quitter un monde et un avenir dont j’avais une vision obstruée par la maladie ? Peu importe, en vérité. Ce qui compte, c’est ce qu’il se serait passé si le trépas m’avait frappé. Toi, que j’ai cité là-haut, qu’aurait-tu pensé de mon acte ? De moi ? Ce que je sais, c’est qu’au moment où je me dirigeais vers le bus, mon esprit était trop embrouillé, embarrassé et désarçonné par le carambolage mental que je vivais pour penser à toi.

Si tu savais comme je regrette cet égoïsme. La vie m’a mené vers toi, et pourtant, j’ai voulu la saluer une dernière fois ce vendredi 14 février. On fête l’amour ce jour, tu as été à deux doigts de fêter ma mort. Le choc que j’ai évité grâce au freinage du conducteur est sans doute égal à celui que tu aurais ressenti en lisant, en entendant que j’avais péri, selon ma propre volonté, altérée certes, mais qui restait la mienne.

14h, j’arrive à l’accueil de l’hôpital. C’est long. Putain, qu’est-ce que c’est long… Fasciné par les affiches déplorant l’état de l’hôpital public français et les appels à l’aide, je ne prête pas attention aux brancards, aux regards, non. Uniquement à la musique dans mes oreilles et à ce personnel, souffrant du mépris étatique, mais devant gérer la souffrance de bon nombre de patients.

L’un des médecins responsables m’a donné une mauvaise image de ce que serait mon séjour, mais une première image très négative. Comment peut-on s’adresser à un être vulnérable, ayant souhaité et frôlé la mort, comme à une vulgaire mouche que l’on souhaite dégager de sa vue ? Le tout en sachant que ce même médecin avait été prévenu de mon arrivée par ma psychiatre ? Bref, je ne m’éterniserai pas là-dessus.

17h. Après les examens, la peur au ventre, les larmes, la crainte d’une trop grande solitude dans un monde inconnu, les rires avec Sophie, l’infirmière, nos discussions politiques, voilà que j’entre à l’unité psychiatrique 4 de l’hôpital de Nanterre. On me présente ma chambre, dernièrement rénovée. Premier élément important : un petit bureau. Si mon séjour venait à s’éterniser, alors je demanderai à pouvoir écrire, écrire, et écrire encore. Deuxième élément, un table de chevet. Normal me direz-vous, eh bien non. Il n’y en a pas dans les chambres de l’unité 2 par exemple. Mais passons. Ayant débarqué en milieu de journée, le temps que je m’installe et il était déjà 18h30, l’heure de dîner après avoir pris son traitement. Ce dernier correspond à la pilule près à ce que votre médecin référent.e vous prescrit, lorsque c’est possible, sinon on trouve un substitut. Nous ne sommes donc pas gavés, première crainte calmée.

Après un bon repas, plus copieux que ceux que je me cuisinais quelques semaines avant (si on pouvait appeler ça « cuisiner »), je m’en vais dormir. Je pense à toi, là-haut, toujours. Tellement que j’en pleure. Pourquoi ne me suis-je pas rendu compte plus tôt que tu étais là, que vous, tous et toutes, étiez là ? Bien sûr, la maladie m’enferme, bien sûr. Mais j’en m’en veux. Alors mes larmes l’expriment. Cependant, il y a autre chose dans ces larmes. Il y a mon « envie folle de te retrouver » (Photos Souvenirs, Christine and The Queens), tu me manques énormément.

Premier réveil. Bonne nuit, réveil d’une humeur plutôt bonne, malgré mon décontenancement. Je suis donc bien à l’hôpital, à l’hôpital psychiatrique qui plus est. Je revois cette dame, cette dame qui traîne des pieds, jour et nuit, dans les allées. Toujours la même expression. Chez moi, toujours cette envie de savoir ce qui lui arrive. Ce que ce regard vide signifie. Mais il y a moi avant. « Connard d’égoïste »… Stop. Surtout pas, que je ne me mette pas à penser à ça. J’ai mes problèmes, je suis là pour les régler, les médecins sont là pour les autres. Suis-je médecin ? Non. Alors je ne m’occupe pas des autres. Tout comme lors du repas de la veille, je m’assois seul, peur de déranger, et je dois l’avouer, d’être effrayé par certains. Je sais, c’est mal. Mais j’ai eu peur parfois. Peur de rires sans raison, de cris intempestifs sur les médecins, de regards portés sur moi.

Mais cette peur n’a pas été la plus présente des sensations. De toute façon, j’ai passé la plupart du temps à dormir. Que le temps passe, et vite, par pitié. Ça n’est pas mon monde. Ça n’est pas mon monde. CA N’EST PAS MON MONDE. Je n’avais que cette pensée en tête. Je n’étais pas ici à ma place. Quelqu’un d’autre en avait besoin. Moi non. J’ai eu un gros moment de faiblesse, je souffre de troubles anxio-dépressifs, oui. Mais je suis entouré. Je suis suivi depuis de deux ans par une psychiatre avec laquelle les ondes passent extrêmement bien. Et j’ai ce trésor, ce pendentif avec moi. Il aura joué un rôle crucial dans ma guérison. C’est drôle, j’ai ri tout seul en écrivant ce mot. Suis-je guéri, déjà ? Peut-être pas totalement, mais le deuxième jour, après une nuit parfaitement calme et un deuxième réveil sous le soleil, j’en étais convaincu. Ma place n’était pas ici, n’était plus ici.

Je devais le troisième jour (donc ce matin) être transféré en unité 2 ou bien à l’hôpital de Montesson, sur lequel j’avais été inscrit sur liste d’attente. Arrive vers 11h mon transfert. Le mercato m’emmène en 2. Plus sombre, plus rouge – donc plus dans ce que j’aime comme tons – mais plus sombre. Ma chambre, que je n’aurais fréquenté qu’à peine une heure, était entre l’insalubre et le passable. On doit bien y dormir, mais la salle d’eau laisse à désirer. Bref, entretien avec la psychiatre de cette unité. Je le crains celui-ci, tout comme il m’enivre d’un fol espoir. Cette dame se trouve être beaucoup plus charmante que la praticienne de l’unité 4. BEAUCOUP PLUS. Pas de celles qui vont vous dire que ça n’a aucun sens de tenter de se suicider sur la voie publique quand on a fait des études en sciences sociales et que l’on se dit intéressé par l’accompagnement de l’autre.

Elle, au contraire, va apprécier mon débit de parole assez intense il faut le dire, mais pas pour rien dire (qu’on soit clairs, ça m’arrive hein, mais pas ici). Lucidité et volonté de m’en sortir ont été les deux clés de voûte de nos échanges et de mes propos. Elle a été impressionnée par ma mémoire des dates. Lorsqu’elle a émis un avis favorable à ma sortie, j’étais aux anges. J’allais te retrouver. Pas tout de suite non. Mais ça arrivera. Courage. J’arrive. Il faut juste que ma psychiatre référents approuve ma sortie. Le verdict tombera vers 14h30. J’aurais à peine connu les médecins de cette unité, mais toutes et tous auront été très souriants, tout comme ceux de l’unité 4.

14h30, je suis dans ma chambre. Je me regarde par la fenêtre. Qu’est-ce que ce sourire ? Ça fait bizarre, rien que d’y penser à nouveau, je souris. Arrivé prostré, je ressors de la pièce avec une seule idée en tête : je veux et je vais être heureux. Verdict : je suis « libre ». Bordel, je remercie du fond du cœur la psychiatre qui confirme l’aval de ma référente, tout le monde me souhaite bonne continuation.

Alors à toi, qui erre dans les couloirs, à toi qui aura été le premier à qui j’ai parlé, ou encore à toi, que j’ai recroisé en unité 2 après t’avoir aperçu dehors quand j’étais en 4 pendant la pause clope, je vous souhaite le meilleur. Nous pouvons et nous allons nous en sortir. Ne vous laissez pas abattre. Croyez en vous. Votre vie ne sera pas ici. Cet endroit – comme les autres du même statut – n’est que passerelle. Il faut de la volonté bien entendu, mais vous saurez la trouver. J’ai confiance en vous.

Quant à moi, désormais, après être rentré et avoir chaleureusement salué mes hôtes et rassuré autant de monde que possible, je vais retrouver mon lit. Je t’aime, toi là-haut. Vous tous, sachez que je vous sais présents. Allez, une dernière larme pour vous dire que je vous aime.

Lui, c’est mon porte-bonheur, à jamais.

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