Maman

Que cela soit bien clair : en rien cet texte ne sera un appel au retour d’une quelconque figure maternelle dans ma vie. Les choses se feront quand il le faudra, nous nous confronterons le moment venu.

Néanmoins, j’ai été témoin d’une scène qui m’a ému aux larmes, après un événement lié à ma génitrice. J’avais aujourd’hui deux entretiens afin de devenir volontaire en service civique. Le premier permettait une aide scolaire, sociale, financière etc à des collégien•e•s, pendant un tutorat, tandis que le second était plus simplement une structure d’accompagnement de jeunes dans leurs démarches et soucis économiques, administratifs, sociaux, familiaux…

Or, alors que je me rendais au second entretien, je me rends compte que le lieu où serait exercée ma mission se trouve non loin de l’appartement où j’ai grandi tout en étant détruit (une construction s’écroulant sans cesse en somme). C’est alors qu’une violente crise d’angoisse m’envahit, assis sur le siège du wagon du RER. Aucune réaction, je sors en vitesse du train, arrivé à Châtelet. Je me pose sur des escaliers, me fait bousculer (vous vous attendiez vraiment à ce qu’on se soucie de mon cas ? Non, le monde est pressé, l’autre n’est rien comparé au temps trop court pour gagner sa croûte ou profiter de plaisirs futiles).

Jamais. Jamais je ne pourrais bosser sereinement en sachant qu’elle est proche. Je suis fragile, encore plus actuellement, je refuse de me torturer encore plus au travail. Je préviens la responsable (en restant vague) qui, compréhensive, me souhaite une bonne continuation. Il est donc temps de rebrousser chemin.

C’est dans le RER du retour que je tombe sur celle qui est à l’origine du premier mot que vous avez lu. Comme à l’accoutumée, j’allume ma console portable pendant le voyage, et une mère avec sa fille et son fils viennent s’asseoir, des gamins d’environ huit ans. La petite s’amuse a dodeliner de la tête comme je le fais au son de la musique dans mes oreilles, son frère est obnubilé par ma console de jeux. Voir ces enfants a étrangement décuplé mon désir d’être père, leurs visages souriants (qui peuvent certes cacher de sombres et invisibles maux) m’ont ému, apaisé.

Puis, la mère et sa fille commencent à jouer à pierre-feuille-ciseaux, faire des bras de fer, et des larmes coulent. Au bonheur de voir ces sourires et d’entendre les rires de ces deux-là, se mêle la rage d’avoir eu comme seul maternelle une génie du mal. Alors mes yeux s’humectent rapidement, ce que je tente de cacher, honteux de ma joyeuse jalousie. Car oui, elles m’ont fait sourire, je les regardais jouer, j’avais droit à des regards brillants et attachants en retour. J’ai même eu l’impression que l’enfant voulait que je joue avec elle et sa maman.

Diable que ce mot est dur à écrire. Le lire est aussi une torture, mais alors le dire… Ce fut le cas il y a fort longtemps, forcément. Mais aujourd’hui, vous ne m’entendrez plus dire que j’aime ma « maman ».

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