Face au sang

J’ai aujourd’hui assisté à une scène qui m’a ahuri. Aux alentours de 22h30, alors que je nettoyais la salle du restaurant dans lequel je travaille, un client vient me demander s’il peut venir chercher sa fille, qui aurait été priée de rester assise par un responsable.

Ne comprenant pas trop cette histoire – pour quelle raison un gérant demanderait-il à une cliente de ne pas partir ? – je lui accorde le droit de passer dans le fond de la salle que j’étais alors en train de nettoyer, afin qu’il récupère sa fille.

J’ajoute que cela faisait une bonne trentaine de minutes que je la voyais là, au fond du restau, prostrée. Préoccupé mais surtout occupé à mes tâches, je n’ai pas osé lui demander si tout allait bien. J’aurais peut-être dû, car même si c’est à un mur que j’aurais parlé, elle aurait sans doute apprécié que quelqu’un lui adresse la parole.

En effet, alors que je vais pour reprendre mon nettoyage, le haut des jambes de la femme m’interpelle. Elle a l’entrejambe en sang, et ça continue de couler. En outre, le père a l’air de parler violemment à sa fille, et la façon dont il lui prend le bras me pousse à confirmer cette hypothèse. Le sang coule, mais aucune trace sur le sol. Interpelé, au moment où ils allaient disparaître, je quitte ma serpillière pour les suivre et demander à l’homme si tout irait bien. Bien sûr, je savais que la réponse serait oui, et qu’il se tirerait très vite. Mais le demander à la cliente m’aurait exposé à des risques, le père étant un homme aux airs peu louables.

Après cette dizaine de minutes à créer cette scène surréaliste pour moi, je vais en parler à un responsable, et nous allons vérifier si la place où était installée la jeune femme est tachée. Ça n’était pas le cas, mais j’étais sûr qu’entre le moment où elle s’est levée et celui où elle a quitté la salle, son pantalon était plus ensanglanté.

Une pensée m’a traversé l’esprit : nous étions au lendemain de la marche contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. Or, ce que j’ai vu ce soir était une agression sexiste, basée sur ce foutu tabou des règles. Et peu importe qu’il ait été commis par son père, tous les comportements sexistes sont à vomir, et le fait qu’il soit le fait d’un proche ne le minimise pas.

Cet événement aura marqué ma soirée, et on dira que je m’inquiète trop pour des gens qui de toute façon ne me reverront jamais, cependant j’ai pensé à cette femme qui avait l’air d’être dans une situation familiale compliquée (du moins en ce qui concerne les relations avec son père), et qui a dû vivre une fin de soirée insupportable. Je pense à elle et lui adresse tout mon soutien. Car nous tou.te.s, nous vaincrons le patriarcat.

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