A la maison

En face de moi, le mur est recouvert d’une carte postale queer offerte par une connaissance et deux pages extraites du livret de l’album Absolution de Muse. Présentement, je vous écris depuis mon ordinateur, posé sur mon bureau, dans ma chambre. Dans quelques heures, c’est dans mon lit que j’irai passer ma première nuit… chez moi.

L’écriture de ces mots me permet de traduire et d’exprimer le plus fidèlement possible l’état joyeusement perturbé dans lequel je suis actuellement. J’ai signé un contrat de bail, j’ai une adresse, des clés, une boite aux lettres, bref, j’existe aux yeux de l’administration, ce qui n’était plus vraiment le cas depuis quelques mois, ce qui n’était pas sans me poser des problèmes.

Mais surtout, j’existe à mes yeux. Vivre ici, là, dans cette maison dont une chambre et un petit salon me sont loués par les parents du Gaétan que je ne vous présente plus, c’est me construire, ne plus être ce tas de chair, d’eau, de sang et d’os qui erre dans un quotidien au goût morne et incertain. Passer du temps à aménager la chambre telle que je la veux fut un moment presque irréel, court, mais dont j’ai profité pendant chaque seconde.

Bien sûr, il me faudra encore du temps pour m’adapter à ce changement radical mais nécessaire. Prendre mes marques ne se fera pas en un coup de baguette magique, mais je suis confiant pour l’avenir. La gêne que je ressens encore, ma légendaire discrétion ou encore la crainte de déranger, tout cela va se dissoudre. En outre, je dispose de mon monde, de ma bulle, de mon chez moi. La sérénité qui se dégage de cet endroit va apaiser mes doutes sur le futur, et je pourrai en ces lieux être qui je suis, les parents de mon meilleur ami n’étant pas du genre stressés (je le suis même plus qu’exu à vrai dire), c’est-à-dire un gars qui, oui, aime s’isoler quand il est chez lui. En aucun cas cela ne m’empêchera de passer des moments avec mes « colocataires », au contraire, j’en aurais sans doute envie, après tout, avant d’être mes propriétaires, ce sont surtout les parents d’un ami très précieux.

Comment pourrais-je conclure ce texte sans vous parler de la Kasbah ? De cette colocation dans laquelle j’ai vécu pendant environ deux mois et demi en compagnie de Clara – que vous connaissez aussi, tant elle a été présente pour moi -, Léa, Lilia, Raph, Wilson et Walter, ce chat qui m’aura plus vu pleurer que n’importe qui (il y a aussi eu Théo, parti en cours de route, que je mentionne tout de même malgré les différends qu’il y a pu avoir avec les ami.e.s précédemment cité.e.s.).

Cette période n’a pas été simple, elle a vu la dépression revenir au galop, ce qui n’a pas rendu ma façon de cohabiter très… facile. Je n’aurais su m’adapter à la vie en colocation, tout en aimant les personnes qui y vivaient. J’ai pu donc parfois être abrupt, froid, distant, parce qu’elle, la dépression, me faisait comprendre que ma présence était indésirée, que ces personnes ne me souhaitaient pas dans leur vie, j’ai donc en réaction adopté des comportements d’isolement. Mais de mauvais isolement, pas celui qui va vous détendre après une journée de travail, non. Celui qui va vous faire vous recroqueviller, vous empoisonner et à petit feu vous faire mijoter jusqu’à implosion.

L’opportunité que Gaétan et ses parents m’ont offerte est une aubaine, tout comme l’a été – malgré les moments difficiles que j’y aurais vécu – la colocation, dont je retiens de bons moments et qui restera une période que je n’oublierai pas. Elle m’a permis de rebondir, en dépit des tentatives de la dépression de couper non pas l’herbe dessous, mais mes pieds directement.

En bref, une nouvelle page se tourne, un nouveau chapitre commence. En ce 14 novembre 2019, je me considère comme à la maison, sur ce bureau et sur cette planète.

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