Vie de mirages

De plus en plus épais se font les nuages de fumée s’évadant des lèvres de Lucas, le bédo en bouche. En fond, c’est son idole qui gueule dans les enceintes, Cobain, Kurt Cobain. Le contrôle sur ses actes se fait de moins en moins volontaire, il quitte vite le navire.

Lucas se cogne alors le crâne contre le mur accolé à son lit. Jusqu’au saignement. Jusqu’à l’expulsion de la rage. Il hurle, vocifère contre le monde, pendant que sa boîte crânienne en prend pour son grade.

Cela fait plusieurs mois que l’homme est pris de ces accès de violence auto-destructice. Mais rien ni personne n’aurait pu les présager. D’ailleurs, pas un seul individu ne semble y prêter attention. Plus asocial, on ne fait pas, à tel point qu’il ne prononce pas le moindre mot envers ses collègues.

Des ami.e.s ? « Des « quoi » »? vous demanderait-il. Lucas est et à toujours voulu être seul. Ne parlons même pas d’amour, le seul qu’il aime, c’est Kurt (et ses joints, aussi, ainsi que d’autres drogues consommées quand il peut se les procurer).

Quiconque le verrait le qualifierait de déchet, et ça lui conviendrait très bien, il n’a aucun problème avec sa condition. En outre, il a l’impression de reconnaître des gens qui seraient comme lui, mais ça veut dire quoi, « comme Lucas » ? Il ne le sait pas, mais s’en fout et fait fi des étiquettes. Il n’est personne, qu’un homme parmi des milliards.

Soudain la réalité le rattrape. Lucas n’est en réalité qu’un être des plus lisses et gentils au monde. Un véritable « ange » selon sa mère, « un gars bien » selon ses potes. Cependant, il se prend à rêver d’être ce que personne ne veut qu’il soit. Un « déchet », comme ses proches le disent.

Il ne supporte plus d’être admiré, mais se dit que devenir un mec ignoré, au profil typique du taré, ne le rendrait pas plus différent, hors normes. Il sait l’admiration des gens pour les personnes comme celles qu’il imagine, ces rebuts pour qui on ne peut « plus rien faire » et qui ne le cherchent même pas.

Alors il vit tel qu’il est, tel qu’il le veut, et construit chaque jour avec le matériel spirituel et matériel qu’il lui est possible d’utiliser. Soyons tous et toutes des Lucas.

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