Des vies #9

« Les raves, c’était pas mon rêve ». C’est ce que se répète inlassablement Samuel, une trentaine fraîchement arrivée. Tous les soirs, sans exception, il parcoure sa ville à la recherche de soirée où se mettre dans un état qu’il ne saurait décrire.

En tout cas, c’est pour oublier. Oublier que son ex-compagne a tué leur fils. Essayer d’imaginer un monde dans lequel il serait encore là, le petit Théo. Il n’avait que huit ans, le pauvre. Oui mais voilà, il aura suffit d’un couteau pour ôter une vie. Ça tient à rien quand on y pense. Samuel était au travail, Elise chômeuse. Elle gardait donc régulièrement l’enfant, et l’aimait pourtant. Et elle le lui disait : « Je t’aime mon ange ». Cette phrase hante l’homme, et l’enrage, tant il imagine l’hypocrisie qui habitait ces mots.

Il n’y a qu’un seul mot dans cette citation qui soit vrai, « ange ». Théo est maintenant un ange. Cet ange, Sam le voit quand il s’aligne shot sur shot, les ligne de coke, l’ecstasy… Il le voit, son garçon. Puis il s’écroule. Les urgences. Presque à chaque fois. Il ne travaille plus, son état avait alerté sa patronne, il n’était plus du tout performant. Pas de travail, un âge où les espoirs s’estompent, un deuil impossible…

Samuel regarde souvent les couteaux qu’il possède, et se voit mourir comme son fils et pourquoi pas le rejoindre, un jour.

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