Plongée (très en retard) au cœur d’un monde homonormé (10)

Comme ils l’avaient évoqué lors de notre dernier reportage, R. et Sophie décident de se rendre au centre d’aide aux hétérosexuels, afin de trouver le soutien psychologique et judiciaire dont ils ont besoin. On les a d’abord dirigés vers un psychologue, afin de faire part de leurs mésaventures depuis le début de leur relation.

C’est l’heure du rendez-vous, mais cette fois, le couple est serein. Ils savent que le psy qui leur a été conseillé ne les jugera pas, et offre en plus des prestations gratuites. Quinze heures, ils entrent et s’assoient dans la file d’attente. Tous les visages sont vides ou apeurés, ce qui déteint avec le relatif apaisement de R. et Sophie. Cette dernière en fait part à son compagnon :

– T’as vu tous ces gens, comment ils ont l’air tétanisés ?

– Sans doute ont-ils peur de s’exprimer, c’est pas facile pour tout le monde. Mais au moins ils ont fait l’effort de venir. C’est un grand pas de franchi, répond R. avec sagesse.

17 heures, les 4 entretiens passés, c’est au tour du couple de faire la connaissance du docteur De La Rochère, ancienne militante de la Manif pour tous, reconvertie dans le milieu de la psychologie. Ils entrent, la psy leur demande de s’asseoir et leur pose une première question :

– Qu’est-ce qui vous amène ici ?

– Il se trouve que je suis victime de discriminations au quotidien, et encore plus depuis que je suis en couple avec Sophie ici présente, commence R.

– Je suis dans la même situation. Je n’ai jamais su comment faire face à tout ça, à cette haine portée contre moi qui ne suis après tout qu’un être humain. Alors avec R. on a commencé à militer et c’est comme ça qu’on est arrivé ici, vous nous avez été conseillée.

La psy semble satisfaite de ces prises de parole franches, elle leur demande ensuite quels sont leurs pires souvenirs liés à l’hétérophobie.

– Mon viol il y a trois ans, répond Sophie. Ils étaient deux, je rentrais d’une soirée organisée dans un bar dit « hétéro-friendly », seule, quand ils me sont tombés dessus. Ils me lançaient des insultes, c’était vraiment atroce. J’ai tenté de porter plainte, mais les flics ont refusé, « faute de preuves ».

– Ma démission, et surtout les causes de celle-ci. Un harcèlement permanent au lycée dans lequel je bossais en tant que prof, de la part de collègues, même si certains, rares, me défendaient. J’ai eu du mal à supporter tout ça, raconte R.

– Je suis fière de vous, peu de gens sont capables de me faire part de leurs souvenirs avec tant de sang-froid, les félicite alors la psychologue. Avez-vous autre chose à rajouter ?

Sophie et R. lui firent signe que non, que cette séance était déjà un bon début, mais qu’ils reviendraient si besoin. La psychologue les guida jusqu’à la sortie, avant de leur conseiller d’aller voir un avocat, pour les événements racontés.

Cela est déjà prévu par le couple, et un rendez-vous est fixé dans une vingtaine de jours.

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