Article d’un étudiant dans un journal (4)

La vision de l’échec à l’étranger : l’exemple canadien

L’écrivain américain Truman Capote a dit : « L’échec est l’épice qui donne sa saveur à la réussite ». En France, l’échec est mal perçu, cela ne vous aura pas échappé. L’échec, nous y avons tous été confrontés au moins une fois, que ce soit dans le domaine scolaire, sentimental… Bien souvent, il nous mine le moral, se relever peut parfois s’avérer difficile mais surtout, un échec est caché à son entourage, gardé secret. On nous apprend toujours à toujours faire de notre mieux, et ne pas réussir à atteindre les objectifs qui nous ont été donnés par le système scolaire ou la société dans son ensemble est blessant et honteux.

Cette vision pessimiste, propre aux Français selon certains et notamment les Canadiens, n’est pas universelle. D’ailleurs, au Canada, un système dit de l' »échec productif » a été mis en place par un chercheur en sciences cognitives et professeur de technologies de l’éducation à l’Université Concordia, Vivek Venkatesh. Le principe de cette méthode est ingénieux et original. En effet, il a soumis quatre de ses élèves à un essai pendant lequel il leur a demandé de faire le cours (de méthodes statistiques avancées) à sa place, précisément pour que ces derniers soient confrontés à la difficulté. Chacun de ces étudiants devait donner trois cours en compagnie d’un camarade, en puisant les connaissance nécessaires en lien avec le cours dans un manuel très dense. Puis, ils devaient expliquer à leurs collègues comment mettre en pratique l’analyse sur un ensemble de données fournies par leur professeur.

Peu avant le cours, les deux étudiants devaient présenter leur exposé à leur professeur, qui leur dit la plupart du temps que l’analyse n’est pas correcte et qu’il faut donc en donner une nouvelle, plus convaincante, le tout moins d’une heure avant la présentation. Les défenseurs de cette méthode de l’échec productif estiment que mettre les étudiants dans des situations qui les dépassent en les faisant collaborer les uns avec les autres « rend le cerveau plus réceptif à un apprentissage plus profond, plus actif et plus durable ». En outre, M. Venkatesh travaille notamment avec M. Kapur, qui a conceptualisé le terme d' »échec productif » et tente de comprendre les mécanismes qu’entraîne cette méthode d’apprentissage.

Un échec qui a lieu au sein d’un cadre contrôlé diffère totalement d’un échec à un examen, puisque ce dernier est considéré comme humiliant et peut faire naître un sentiment d’incompétence chez l’étudiant. D’après Alan Wright, vice-provost (le provost est l’équivalent canadien du doyen à l’université) à l’enseignement et à l’apprentissage à l’Université de Windsor, « l’échec peut être utile si on accepte qu’il se produise et que les étudiants ont la possibilité de se reprendre ». En outre, « nous ne pouvons toujours blâmer les étudiants pour leur échec ». Au lieu de le stigmatiser, il faut laisser l’échec prendre sa place dans la société et utiliser son potentiel, celui-ci peut en effet permettre de se dépasser et d’innover.

L’échec n’est pas à percevoir comme une fatalité, mais il ne faut pas s’y confronter seul, ce qui est l’une des failles du système éducatif français. En effet, ce sentiment de désemparement face à un partiel ou une année ratés n’est pas, ou pas assez, résolu par les personnels éducatifs. Le pessimisme de la société française empêche les individus de considérer leur échec comme une occasion de se relever après la chute. La méritocratie nous fait croire que si l’on vit une situation ardue, nous en sommes les seuls responsables, ce qui explique que les individus qui échouent soient systématiquement mis à l’écart, moqués et critiqués par ceux qui réussissent, d’après les critères de réussite de la société actuelle.

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