Plongée au cœur d’un monde homonormé (3)

Aujourd’hui, 25 mars 2078, le gouvernement doit légiférer sur un projet de loi visant à bannir la stérilisation des couples hétérosexuels, rendue légale sous le gouvernement précédent. Cette mesure avait été prise afin de priver l’accès à la parentalité aux couples de sexes opposés. Nous suivons toujours R., qui souhaite aller consulter un.e psychologue afin de se sentir plus à l’aise et pouvoir parler sans crainte de son hétérosexualité.

Après avoir fini de se préparer, R. se rend chez Mme B., une psychologue dont lui a parlé un ami, lui aussi hétérosexuel non assumé et célibataire. Il croise dans la rue quelques couples hétéros. Nous lui demandons alors ce que ça lui fait d’observer des couples qui n’ont pas peur d’affirmer leur amour.

– Ils ont bien du courage. J’ose pas imaginer les regards ou insultes qu’ils peuvent recevoir.

Justement, alors que nous nous rendions chez Mme.B, un couple hétérosexuel se fait insulter par un individu :

– Vous êtes que des erreurs de la nature ! Vous avez déjà vu des animaux de sexes opposés copuler ? Moi nan, et tant mieux ! Allez crever !

Le couple repart, le regard vide. Quant au regard de R., il est empli d’angoisse. Mais cela le pousse à se rendre au cabinet de la praticienne. Il croise çà et là des affiches représentant des couples hétérosexuels, pour défendre leur droit à la parentalité, vandalisées et criblées d’insultes.

R., arrive enfin chez le docteur. Nous ne sommes pas autorisés à enregistrer la consultation.

Lorsque R. sort, c’est livide que nous le retrouvons.

– Plus jamais… Si vous saviez les jugements qu’elle n’a cessé de porter sur moi après que je lui ai dit être hétéro… Elle m’a même conseillé de faire de l’hypnose pour voir d’où viendrait cette « maladie ». J’ai bien entendu eu droit à la question « Mais comment pouvez-vous en être sûr ? », à laquelle j’ai répondu que c’était comme ça, que je n’avais pas à me justifier ni à chercher à l’expliquer. Elle a ri comme une tarée avant de me dire de sortir, après lui avoir filé les 40 balles. Je suis dégoûté…

Nous lui demandons s’il lui a parlé de la scène qui avait eu lieu à son lieu de travail, quelques jours auparavant.

– Oui. Et elle a pas réagi plus que ça. Elle m’a dit que la police ne ferait rien, et que ce serait bien d’ailleurs que ce soit le cas. Vous m’excusez, je dois appeler mon pote [celui qui lui a conseillé la praticienne NDLR].

Au cours de l’appel, la colère de R. est palpable. Il se met même à pleurer, lorsque apparemment son ami semble lui dire que pour lui, les consultations avaient plutôt bien fonctionné.

– C’est quoi mon problème, hein ? Dis-le moi, c’est quoi mon problème putain ?

Puis plus rien, il raccroche. En rentrant chez lui, il allume sa télé. Ça y est, le projet de loi est adopté, à 30 voix pour, 2 contre et 15 abstentions.

– Bon, bah ça me fait une raison de plus pour rester célibataire, s’exclame R. avec un soupir.

Nous le laissons ici, et le retrouverons la semaine prochaine. A bientôt.

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