Mon homosexualité (4)

Quatrième partie : Premiers émois assumés

Après plus de 10 ans enfermés dans ce placard, à suffoquer, j’ai eu comme une envie de tout de suite m’engager dans une relation amoureuse, dont je rêvais secrètement afin d’échapper, en la compagnie de mon partenaire, à la vie familiale. Cet emballement n’a été que désillusions, que je mets consciemment au pluriel.

Ces désillusions se furent année après année, comme une sorte de cycle. À chaque année son coup, de foudre parfois, de cœur aussi. Les coups de foudre ont été évidemment les plus blessants. On dit que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit… Dans ce cas, j’aimerais bien rencontrer l’individu ayant mis au point cet adage, que l’on discute un peu…

Bref, tout a commencé en Terminale donc, année de ma libération (partielle du moins). Je ne le connaissais ni d’Eve ni d’Adam et pourtant, mon cœur a été violemment heurté par ce type. Et bien sûr, pas un jour sans que je ne le croise, malheur ! Ce sourire narquois et ces yeux de fouine me faisaient fondre, me torturaient, me hantaient. C’était donc ça, avoir des sentiments, des vrais, pour quelqu’un ? Même que l’on ne connaît pas ? Il faut croire. Je faisais tout pour l’éviter, mais il fallait que je lui en parle. Hors de question bien entendu de le faire en face, on ne sait jamais sur qui on tombe. N’ayant aucun réseau social à l’époque, pas moyen de connaître son nom. Me vint alors à l’esprit cette méthode des plus romantiques qu’est la lettre. Une première, très torturée, fut écrite, gardée dans mon sac pendant une vingtaine de jours, avant que je ne la jette et en écrive une autre, moins révélatrice de mon état perturbé. Mais encore fallait-il la lui transmettre, et c’est là que je remercie deux amies de lycée, qui étaient au courant de cette histoire et m’ont aidé à traverser cette périlleuse aventure (l’une d’entre elles lui ayant carrément donné la lettre à ma place). Vous n’imaginez pas mon état en rentrant chez moi ce soir-là. « Mais dans quelle merde tu t’es foutu ? » me répétais-je sans cesse. Lui ayant laissé mes coordonnées, j’ai la surprise de recevoir un message, un simple mais terrifiant « Salut ». Etant persuadé que c’était lui, je lui répondais en lui demandant s’il était le destinataire de ma missive, ce à quoi il répondît à l’affirmative, en ajoutant « Comment tu as su que j’étais gay ? ». Que répondre à part que je n’en savais absolument rien et que je m’étais lancé dans la cage aux lions sans prendre conscience des conséquences possibles ? C’est exactement ce que j’ai fait (sans la partie sur les lions).

Puis nous parlâmes pendant un mois, un mois pendant lequel l’espoir grandissait en moi. Puis vint la première désillusion, sans aucun doute la plus blessante, puisque c’est au bout d’un mois qu’il me déclare être en couple et ne pas vouloir me donner de faux espoirs. « Tu te fous de ma gueule ou bien ?! », ça c’est dans ma tête. « Ah, ben je vous souhaite plein de bonnes choses alors », ça c’est le message envoyé après ce choc émotionnel d’une intensité plutôt élevée (je précise que ce message n’était pas totalement faux, bien sûr).

« We could be herooooes, me and youuuu »

Ces paroles de Tove Lo entonnées dans le morceau « Heroes (we could be) » composé par Alesso résonnaient dans la tête, alors que tout s’écroulait en moi pendant cet échange virtuel.

J’ai détaillé l’ensemble de cet épisode romantico-tragique car ce fut le premier, d’un, et de deux ce fut le plus marquant. Les trois autres « râteaux » pris le furent à cause de l’orientation sexuelle différente de ces gens qui m’ont attiré.

Alors oui, tout ça est bien triste, et c’est bien pour ça que le premier pas, j’hésite de plus en plus à le faire désormais, ce dernier étant un effort qui pour moi n’en vaut plus la peine. Mais ce texte révèle une chose, c’est qu’au moins maintenant, j’ose exprimer mes sentiments, et ce avec de moins en moins de peur. La dernière fois (donc cette année), je me suis dévoilé face à l’autre, pas par message. Non, face à lui, les yeux dans les yeux. Et je vais vous dire, c’est beaucoup moins intimidant que lorsque vous vous dévoilez virtuellement (du moins, c’est mon avis). Vous voyez la personne, sa réaction, et vous en discutez tranquillement. Évidemment, j’ai pris la décision de lui en parler en face car je me doutais qu’il n’allait pas me casser la gueule, je n’aurais pas pris ce risque si ça avait été potentiellement possible. Et c’est malheureux d’ailleurs, qu’homosexuel.le.s, bisexuel.le.s ou transgenres aient à craindre pour leur intégrité lorsqu’ils ne font qu’avouer leur amour pour quelqu’un d’autre.

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