Fabio

Il m’était impossible de rendre hommage à certaines personnes qui me sont chères sans parler de Fabio. Surtout que lui est loin, ce qui fait pour moi de ce texte une trace ineffaçable de notre amitié.

Quand a-t-elle commencé ? Patience. On respire, douuucement, et on y va.

Alors, à la question « Quand? », la réponse est en maternelle. Je nous vois peindre un « chef-d’œuvre », côte à côte, qui consistait à représenter le reste de notre corps à partir d’une photo de notre visage (je vous laisse imaginer le désastre, qui trônait néanmoins au domicile, sur un mur). La maîtresse m’avait alors interdit de peindre mon corps en marron, comme le faisait Fabio. J’avais alors opté pour le vert. Enfin bref, tout ça pour dire que nous nous sommes connus très tôt.

L’ancienneté est l’élément de notre relation amicale qui me fait dire qu’elle est pour moi quasi fraternelle, que Fabio est le frère que j’ai perdu. Nous nous sommes fréquentés ensuite en primaire, nous déconnions beaucoup, ce qui, au vu du climat que je connaissais au sein du domicile, me faisait un bien fou.

Je me souviens d’une scène, en CM2 il me semble, qui prouve ma possessivité (qui s’est depuis légèrement calmée). Un nouvel élève, Arnaud, était arrivé dans notre classe. Et nous jouions parfois tous les trois, à la récré. Mais je sentais au fil du temps qu’il essayait de me « voler » Fabio, ce qui était bien entendu intolérable. J’avais alors un jour hurlé en pleine récré que c’était « MON AMI ! », j’éprouvais alors une haine viscérale envers ce type, depuis cette sensation qui l’envahissait, celle de perdre mon seul ami.

Puis viens la fin du primaire, l’entrée au collège et… son déménagement. Qu’il déménage dans une autre région française m’aurait affecté, mais j’aurais su qu’il y aurait eu moyen de communiquer ou de se revoir. Mais non, il déménageait avec sa famille, qui était pour moi une famille de substitution, au Portugal. Je n’en savais Et n’en sais pas la raison, mais ce n’était pas ce qui me préoccupait, que dis-je, m’attristait au plus au point. C’était le fait qu’il parte, loin, avant l’entrée dans le monde du collège, le plus effrayant qui soit. Je nous voyait déjà faire le chemin ensemble le matin, mais non. Ça n’arriverait pas. J’étais présent, avec ma sœur, le jour du déménagement, j’aidais même à l’exécution de ce qui allait être une des plus grandes tragédies que j’ai connues.

Puis nous sortons de chez lui, les bagages s’entassent dans le coffre. Je ne me souviens même plus de la scène d’adieux, ni même s’il y en a eu une. Juste de cette voiture s’éloignant, s’éloignant, et me laissant à terre, en larmes, en pleine rue. Je ne me souviens plus non plus de comment je suis parvenu à rentrer chez moi ce jour-là, sans doute grâce à l’aide de ma soeur. Pas de souvenir non plus d’une quelconque tentative de consolation de la part de ma génitrice.

J’avais à partir de ce jour perdu une partie de moi, et les larmes qui coulent au son de Sober de P!nk au moment où je vous écris en sont la preuve. Le collège fut un désastre, vous l’aurez sans doute remarqué en me lisant, et c’est en partie parce que l’amitié n’était plus possible pour moi. Je ne retrouverais jamais quelqu’un comme lui.

Puis j’ai eu l’idée du siècle, en 2015 (oui j’ai mis le temps). Facebook. Peut-être allais-je enfin pouvoir le retrouver, et lui dire à quel point il me manquait. Première chose que je fais une fois le processus d’inscription terminé, rechercher son nom. Je le trouve. Invitation envoyée. Peur au ventre. Sait-il encore qui je suis ? M’a-t-il oublié depuis toutes ces années. Invitation acceptée. Soulagement ultime. Tellement ultime que j’ai attendu quelques temps avant de lui envoyer un message. Et de fondre en larmes au moment où je reçois sa réponse (et de refondre en larmes, là, maintenant). Je fonce voir ma soeur, cette sensation de bonheur étant impossible à ne pas partager. Elle est heureuse pour moi, mais étant dans ses années collège, semble ne pas y prêter l’attention que j’aurais attendue. Tant pis. Je reviens dans ma chambre et nous parlons. J’ai retrouvé mon « frère », je lui dis être en train de chialer, il en était de même à des kilomètres de Paris.

Depuis, nous nous souhaitons nos anniversaires respectifs, de bonnes fêtes, likons certains posts de l’autre sur Instagram ou Facebook. C’est peut-être peu, mais amplement suffisant.

Je ne sais même pas comment conclure tant je me retrouve dans le même état que le jour de nos retrouvailles virtuelles.

Ami de toujours, frangin, bro, peu importe. Tu as été, est et sera pour toujours le premier ami que j’ai eu, celui qui a eu la (trop) lourde tâche d’être mon « frère ». À toi et à toute ta famille, un grand merci, merci d’être parmi les 7 et quelques milliards d’âmes sur cette planète.

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