Mon homosexualité (3)

Troisième partie : Années lycée et coming-out.

« I kissed a girl and I liked it, I liked it… ». Vous aurez sans doute reconnu ce refrain, c’est bien celui de la chanson « I Kissed A Girl » de Katy Perry. Ce morceau était en quelque sorte ma « thérapie de conversion » (bien plus douce et agréable que celle de ma génitrice, je pense que nous sommes d’accord là-dessus). En effet, quoi de mieux qu’une chanson vantant les nombreux avantages des femmes, physiquement et surtout sexuellement parlant, pour se dire que « c’est CE chemin que je dois suivre, les femmes que je dois aimer, elles sont parfaites ! ». Néanmoins, cette chanson surfait sur la mode de la bisexualité : être bi, « c’était cool ». Elle abordait donc la non-hétérosexualité (malgré des critiques d’homos et de bis qui justement ne voyait pas d’un bon œil le fait de faire son beurre sur cette « mode »). Mais là n’est pas le propos. En effet, cette chanson (et son clip !) n’ont pas réussi à me faire revenir sur le « droit chemin ». Par ailleurs, Katy Perry a joué un énorme rôle dans mon camouflage en parfait hétéro, cette dernière faisant fantasmer pas mal de beaufs de mon lycée, qui la trouvaient « super bonne » (sa forte poitrine aidant et étant l’argument numéro un), et j’ai parfaitement réussi à m’adapter à leur connerie, tout en respectant Katy Perry sans jamais employer le terme « bonne » ou autre, mais en disant simplement qu’elle me plaisait.

Je me rappelle aussi d’un cours de sport, pendant lequel deux de ces beaufs, le genre de gars populaires et qui jouaient les caïds, qui ont vu en moi le mec timide et ont tenté de le dévergonder (tout en se foutant de sa gueule derrière, quel beau monde que le lycée), m’avaient demandé « quelle meuf de la classe me plaisait » (j’étais alors en 1ère ES). Comme vous vous en doutez, aucune ne m’attirait, je ne veux pas dire par là que je n’en trouvais aucune belle, mais je ne ressentais rien du tout envers mes camarades féminines. J’ai donc choisi une fille avec qui je m’entendais plutôt bien d’après mes souvenirs, et ils m’ont emmené vers elle, tout en lui disant que je la voulais (je me souviens parfaitement de notre échange de regards à ce moment là, qui traduisait la connerie de nos chers Cupidons).

Puis vint la Terminale. Aaaah la Terminale. L’année de la libération. Katy Perry a aidé (oui, encore !), car j’ai découvert à l’époque sa chanson « Ur So Gay », qui, tout en critiquant un ex à elle, joue sur les clichés (culte de la beauté etc). Un soir, alors que j’étais avec ma sœur, je lui annonce « Ça y est, je lui ai dit. ». Il faut savoir qu’à l’époque, je faisais croire à ma génitrice et à ma sœur que j’étais amoureux de ma meilleure amie, ce qui était évidemment faux. Ma sœur a donc naturellement cru que j’avais avoué mes sentiments à mon amie. Sauf que non, j’avais annoncé à une amie virtuelle (sur Pokémon) que j’allais annoncer à ma sœur mon homosexualité. C’est donc ça que « j’ai dit », que j’allais enfin le faire. Enfin me libérer de ces chaînes, auprès de la personne qui compte le plus pour moi.

Je lui dis donc, lorsqu’elle s’exclame « Ça y est, tu lui as dit ? », que j’avais quelque chose à lui dire, d’un ton à la fois grave et inquiet. « Je suis gay. ». Point. C’est tout. Pas de surenchère. Puis, une réaction étrange de sa part. Comme une espèce d’angoisse et de surprise énorme. Je sens son malaise et lui propose un verre d’eau. Et pendant que je vais lui chercher, je me dis « Putain, pourquoi t’as fait ça, tu lui as fait du mal ! ». Puis après quelques instants de calme, elle me montre clairement son étonnement et sa joie, enfin son frère s’assumait !

Il y a une chose cependant qui m’a déplu au départ. C’est le fait qu’elle croit que parce que j’étais officiellement gay, j’allais faire « la folle » avec elle dans la rue (il y avait des moments où on faisait les cons, moi surjouant mon « côté féminin » en dansant comme un idiot). Ces moments de délires allaient continuer, mais pas jusqu’à la caricature. Il est vrai que je ne voulais pas qu’être gay signifie devenir ce qu’on appelle « une folle », parce que ce n’était pas moi, tout simplement.

Puis il y a eu le coming-out au lycée. Un lundi après-midi, avant un cours de maths, je discute avec deux filles de ma classe, puis vient s’interposer un gars en me disant pour rire « Arrête de les draguer ». Et allez savoir où j’ai trouvé la force de dire, devant ces trois personnes que « Oh, tu sais hein, moi et les filles… ». « C’est-à-dire ? » fut la question posée et visible sur leurs visages. « Bah je suis gay », ai-je dit le plus simplement du monde. Viennent alors des « Ooooooooh » avec un grand sourire de la part de mes deux camarades féminines, ce qui attire l’attention, et la nouvelle se répand si vite qu’avant même d’entrer en cours, un gars de la classe, gros con par ailleurs, me dit « J’te crois pas ». Je me préserve et préfère zapper.

Pourquoi l’ai-je donc traité de con ? Tout simplement car il a fait partie d’un groupe de quatre individus (dont trois faisaient partie de ma classe de 1ère ES [parmi lesquels les deux beaufs] mais pas de Terminale) qui, lors d’un séjour de révisions, m’ont pris à partie pour me dire « C’est vrai que t’es gay ? C’est pas possible, on parlait de Katy Perry, de partouzes et tout ». Je leur réponds alors que oui, je suis gay. Arrivent alors les arguments de mes grands amis les religieux intégristes (de tous bords, pas d’amalgame en ce qui concerne la connerie humaine), principalement. « Dieu peut te faire changer », « Tant que t’as pas essayé avec une fille, tu peux pas savoir », « C’est pas naturel » et tout le toutim. Dans cette scène des plus réjouissantes, il y avait aussi deux personnages qu’étaient ma camarade que j’avais désignée comme étant celle qui me plaisait, ainsi qu’une amie à elle. Pour être franc, je ne sais absolument pas ce qu’il se serait passé si elles n’avaient pas été là. Mon amie leur dit « Qu’est-ce ça peut vous faire ? », et se prend des remarques tout aussi réfléchies que celles dont j’ai bénéficié (je m’en suis alors sur le coup beaucoup voulu).

Pendant toute la suite du séjour, j’avais cette peur de les croiser, cette peur que pendant les repas communs, ils m’insultent en hurlant (leur grande maturité fit que par exemple, ils criaient le nom de quelqu’un sans arrêt pendant le repas, sans que les profs ne réagissent). Je ne leur ai d’ailleurs pas parlé de l’épisode que je vous ai raconté. Mais surtout cette peur d’être frappé, harcelé, je n’avais qu’une envie, c’était de partir, j’envisageais d’ailleurs de le demander à ma prof de SES (qui était d’ailleurs ma prof principale).

Je vais m’arrêter là pour ce texte, le prochain concernera les premiers émois assumés. D’ici là, je vous embrasse, bon week-end à vous 😘

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