Ma « mère » et moi (3)

Chapitre 2 : Violences maternelles

« T’as oublié ton sac ? Monte le chercher, dépêche toi ! ». Je remonte les escaliers, jusqu’au quatrième étage où nous logions alors, prends mon sac et redescend. « Qu’est-ce que tu foutais ? » s’est-elle écrié. « Bah je prenais mon sac… » répondis-je, l’air terrifié. « Ouais c’est ça, fous-toi de ma gueule ! ».

Puis vint ce moment, le premier, celui qui marqua une enfance à l’innocence bien trop vite brisée. Elle me prit alors par le cou, me plaqua la tête face au mur en me tirant par les cheveux et en faisant des allers-retours, ce qui provoqua des saignements. Nous nous sommes rendus ensuite à l’école, comme une famille « normale » (le « père » étant à la maison, ne se préoccupant pas de ses propres créations).

Je ne me souvenais pas des détails de cette scène, notamment le fait qu’elle m’ait à plusieurs reprises cogné la tête. Mais c’est ma sœur, que j’avais toujours imaginée dehors au moment des faits, qui me l’a racontée de A à Z. Quel traumatisme cela a dû être pour elle, de voir sa génitrice en furie maltraiter ainsi son frère.

Avec le recul, l’autre fait qui me trouble, c’est l’absence de réaction de la part du personnel éducatif ce jour-là. « Il est sûrement tombé », c’est là une pensée que je projette, qui fût, qui sait, celle qui leur traversa l’esprit.

Puis toujours à la même époque, en primaire, une banale histoire de cartes Pokémon. Ma grand-mère m’avait offert 10€ (pour mon anniversaire il me semble, justement), qui trônaient fièrement dans notre chambre à ma sœur et moi et que j’avais décidé d’employer pour acheter un lot de cartes que vendait un de mes camarades. Ma mère constatant l’absence de cet argent, vint me voir, très énervée, en me demandant « Il est où l’argent de Mamie ? ». A peine ai-je le temps de répondre qu’elle me prend par le cou et me soulève, en hurlant à nouveau la question. En larmes, je parviens à lui dire, difficilement, que j’ai acheté des cartes Pokémon avec. « A qui ?! » hurle-t-elle, en serrant sa main autour de mon cou. Ne parvenant presque plus à respirer, j’arrive à murmurer le nom de l’individu en question. Elle me lâche alors, en m’ordonnant de récupérer l’argent, ce que je fis quelques jours plus tard, après avoir récupéré l’ensemble des cartes achetées. Un peu plus tard, je devais approcher les 11 ans, une porte d’étagère lui tombe sur le pied, elle crie de douleur tout en m’appelant, en criant toujours. La peur au ventre, je vais la voir, lui demande si ça va, puis elle me plaque à terre avant de me frapper à coups de pied, m’estimant coupable de la chute de cette porte (qui avait toujours été branlante).

Il faut savoir que malgré tous ces actes, j’étais encore totalement dévoué à cette personne, très protecteur et à m’inquiéter pour elle en permanence (à cause de son épilepsie, et des tensions entre elle et son conjoint).

Je crois que le pire dans tout ça, et qui a fait que ce fût le bazar dans ma tête pendant un moment, ce sont ses excuses quelques dizaines de minutes après ces accès de rage. Ces derniers étant justifiés, à chaque fois. Ça donnait en gros : « Je suis désolée mon bijou (surnom qu’elle m’attribuait alors, et ce jusque très tard), mais j’ai eu raison de faire ça, pour que tu comprennes ». J’étais donc le fautif ? Mais pourquoi s’excusait-elle alors ?

Cette violence, elle était aussi psychologique. Ma grand-mère m’a récemment rappelé que, de par la peur que m’inspirait ma génitrice, je ne pouvais m’empêcher de la regarder avant de répondre à une question, ce qui lui faisait d’ailleurs dire « Mais vas-y réponds, t’es pas obligé de me regarder hein » tout en rigolant de façon gênée et avec ce ton autoritaire à la fois, très étrange.

Ça ne lui suffisait pas, oh non. Il fallait aussi que ce soit verbal. « Tarlouze » (je vous en parlait), « Connard », « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter un con pareil ? »…

Il n’est pas étonnant, du moins de mon point de vue, que des envies suicidaires soient apparues très tôt, vers l’âge de 8 ans. Ce climat de tension entre mes géniteurs puis cette violence qui ne cessait pas, et qui la libérait presque, ne pouvait pas me faire aimer la vie, cette vie.

Mais j’ai fini par intérioriser tout ça, pour moi, ce que je vivais était normal. Personne ne pouvait se douter de l’extérieur ce qu’il se passait à l’intérieur. Il aura fallu attendre la fac pour que je prenne conscience que la situation était tout, sauf normale, mais pour ça, on se retrouve la semaine prochaine 😘

P.S : Oui, j’ai écrit ce texte le jour de mon anniversaire, ce qui n’est pas forcément très positif. Mais ça libère, ça fait pleurer certes mais je me sens mieux maintenant. Et je vais profiter de cette journée, on n’a pas tous les jours 21 ans.

Je vous embrasse ❤️

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